Bonjour,
Après avoir traité dans cette lettre de sujets comme l’agriculture ou l’industrie, on vous invite aujourd’hui à jeter ensemble un œil sur la biodiversité.
Puisque tout est affaire de thunes, l’OCDE a évalué les services dits « écosystémiques » de la biodiversité à 140.000 milliards de dollars, soit près de 1,5 fois le PIB mondial en 2022. Et la dépendance à la biodiversité des activités économiques est considérable : la moitié du PIB dépend de la nature, selon le Forum économique mondial (1).
Les services rendus par la biodiversité sont innombrables et généralement classés en 4 catégories : approvisionnement (nourriture, eau, etc.), régulation (qualité de l’air, climat, etc.), culturels (loisir et écotourisme) et soutien (cycles des nutriments et de l’eau) (2).
Extinction de masse de la biodiversité
Mais en fait, la biodiversité, c’est quoi ? C’est l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie, ainsi que toutes les interactions qui existent entre les organismes vivants eux-mêmes et entre ces organismes et leurs milieux. On distingue 3 formes de biodiversité : écosystémique (diversité des milieux), spécifique (diversité des espèces) et génétique (variété au sein d’une même espèce) (3).
Cette biodiversité est l’un des constituants de la biosphère, et l’une des composantes de notre planète que nous exploitons au-delà de ses limites. A titre d’exemple, le WWF a mesuré que l’abondance relative des populations d’animaux sauvages suivies dans le monde entre 1970 et 2018 s’était effondré de 69% en moyenne. Une nouvelle extinction de masse est enclenchée et notre civilisation continue de convertir la nature en déchets (4).

Le financement de l’extinction
La prise de conscience est tardive, mais elle a le mérite d’exister. Les aides publiques en faveur d’un développement plus respectueux de la nature ont doublé en 10 ans, pour atteindre 10,4 milliards de dollars en 2020. Les promesses de financement pour l’avenir arrivent, mais sont timides. La Banque Mondiale estime qu’il faudrait consacrer 700 milliards par an à la conservation de la biodiversité.
Les ONG, quant à elles, pensent surtout qu’il faudrait d’abord arrêter toute aide publique en faveur des projets nuisibles à la nature. En avril 2023, ces aides ont été estimées à près de 1800 milliards, dont 640 à destination des énergies fossiles (5).
La protection de la nature et du sauvage ne va pas de soi, et va même à l’encontre de ce que l’être humain a entreprit pour permettre son évolution (protection, domestication, contrôle…). Beaucoup plus récemment, tout s’est accéléré avec l’arrivée de la modernité, qui s’accompagne d’une exigence de productivité et la surexploitation des ressources. Le tout sous prétexte de nourrir la population. C’est oublier que des solutions existent pour concilier les enjeux d’alimentation et la protection de l’environnement, notamment une réduction du gaspillage et une modification significative de nos habitudes alimentaires dans le monde occidental (5)(6).
Les dividendes de l’extinction
Le problème est que si la biodiversité est une source potentiellement gigantesque de revenus, la détruire rapporte également beaucoup. A titre d’exemple, une enquête de Global Witness publiée en 2021 a montré que depuis la signature de l’Accord de Paris, des banques basées dans l’Union Européenne, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Chine ont conclu des accords financiers valant 157 milliards de dollars avec des entreprises accusées de détruire la forêt tropicale au Brésil, en Asie et en Afrique. Ces établissements ont également dégagé 1,74 milliard de dollars sous forme d’intérêts, de dividendes et d’honoraires en soutenant des divisions de groupes agro-industriels associées à la déforestation dans les filières du soja, de la viande bovine, de l’huile de palme et du papier (8).
Un début de réaction
Heureusement, les revenus générés aux dépend de l’environnement commencent à être perçus comme illégitimes et les pouvoirs publics réagissent, notamment en Europe. Un indicateur relatif à l’impact des activités humaines sur l’environnement a vu le jour : le Global Biodiversity Score (ou GBS) exprimé en MSA/km2, dans laquelle la MSA est l’abondance moyenne des espèces (variant de 0 à 100%, 100% représentant un écosystème intact) (9).
Dans le même esprit, la Banque de France a calculé l’impact cumulé dans le temps du portefeuille d’actions et d’obligations des institutions financières françaises. A fin 2019, l’empreinte biodiversité terrestre était comparable à la perte d’au moins 130.000 km2 de nature vierge, équivalant à l’artificialisation totale de 24 % de la surface de la France métropolitaine (1).
Faire en sorte que nos actions et nos investissements (de toutes natures) ne participent plus à la destruction de la biodiversité est l’affaire de tous. Et les outils pour s’en assurer existent… (10)
Références
(3) https://biodiversite.gouv.fr/
(8) https://www.globalwitness.org/fr/deforestation-dividends-fr/
(9) https://www.caissedesdepots.fr/blog/article/le-global-biodiversity-score-les-enjeux-et-les-moyens