Bonsoir !
Quand on réalise son bilan carbone, par exemple sur le site de l’ADEME (https://shorturl.at/ktxGK), on réalise qu’après les transports et l’alimentation, une grosse partie de nos émissions est liée à notre logement (voire c’est le premier poste si on se chauffe au fioul) (1).
Et deuxième constat, il constitue le premier poste de dépenses des Français.es, avec 23 % de leur revenu brut (contre seulement 9,5 % en 1960) (2).
UN DOUBLE DÉFI
Il y a en France toujours 4,1 millions de mal-logés (et 12 millions en situation fragile). Le défi est donc double : continuer à construire/rénover, et réduire fortement l’impact lié au logement.
Les avis divergent entre la nécessité de construire plus (il pourrait manquer 850.000 logements en 2030 d’après une étude Thomas More) (3) ; et celle de mieux répartir l’usage du bâti déjà existant (38 millions de logements en France pour seulement 30 millions de ménages) (4).
Dans tous les cas, le besoin de rénovation en profondeur est réel, avec 7,2 millions de passoires thermiques estimées par le Ministère (20% du parc des logements) (5).
Avec un coût de 200€ à 450€ le mètre carré en rénovation énergétique, on est rapidement sur des budgets au-dessus des 20.000 euros par logement, voire beaucoup plus s’il faut changer le type de chauffage. La facture s’élèverait donc autour des 250 milliards € (6), à répartir entre les particuliers qui financent les travaux et l’Etat qui octroie des aides.
Sans compter que les canicules peuvent devenir une préoccupation aussi importante que le froid l’hiver (sauf pour les rares maisons bio-climatiques).
Et pour info, seulement 5% des résidences principales sont considérées «peu énergivores» (étiquetées A ou B)…
LES RESSOURCES SONT LIMITÉES, DONC ELLES RAPPORTENT !
Que l’on considère la construction ou la rénovation, cet immense chantier n’agit pas que sur le CO2. Les ressources nécessaires sont toutes limitées, comme le rappel Benoit Bazin le PDG de Saint-Gobain :
« Dans ce monde en pleine mutation qui s’engage à la neutralité carbone, le secteur de la construction doit être à la hauteur. Rappelons qu’il représente à lui seul 37 % des émissions de CO2, consomme 50 % des ressources naturelles et génère 40 % des déchets solides. » (7)
Et le sable est aujourd’hui, après l’eau, la 2ème ressource la plus exploitée (3,5 milliards de tonnes) au niveau mondial, devant le pétrole.
Pour y répondre, il est en train d’émerger une filière de matériaux innovants : la paille et le chanvre pour l’isolation, les briques d’argile pour remplacer le béton et les parpaings, etc.
L’autre émergence est celle du ré-emploi, considérant par exemple que dans une rénovation, 2/3 de l’impact carbone est dû aux achats de matériaux neufs (8).
Néanmoins, ni les architectes ni les constructeurs ne savent aujourd’hui comment intégrer le réemploi dans leurs chantiers. L’investissement nécessaire dans la formation et les circuits d’approvisionnement est donc gigantesque.
L’ARTIFICIALISATION COMME DOUBLE PEINE
La construction est aussi synonyme d’artificialisation des terres, première cause de la perte de biodiversité. Elle représente paradoxalement une manne financière importante : les auteurs Bihouix, Jeantet et De Selva (9) ont calculé qu’en France « la plus-value générée par le passage de terres agricoles à terrains constructibles est sans doute supérieure à 10 milliards d’euros par an, soit le même ordre de grandeur que les subventions européennes de la PAC (politique agricole commune).
Depuis des décennies, l’étalement urbain a aidé, indirectement, à maintenir le système agricole à flot, permis à des agriculteurs de prendre leur retraite, s’agrandir, s’équiper, couvrir des pertes d’exploitation… ou à des héritiers de faire la culbute après avoir payé des droits de succession modérés ! »
Ce qui apporte un argument supplémentaire au fait de payer le vrai prix de leur travail aux agriculteurs non-industriels (voir lettre No.1 sur l’agriculture).
A L’INTÉRIEUR DE NOS LOGEMENTS
En plus des émissions liées au logement (construction/rénovation et chauffage), l’équipement de nos habitations est aussi émetteur. Entre 1 et 2 tonnes par an (soit notre objectif total par personne en 2050) sont en effet générées par nos achats de meubles, d’électroménager et surtout de matériel électronique (vous pouvez faire votre calcul ici : https://shorturl.at/byELT ) (10).
Privilégier la seconde main et le reconditionné semble peu à peu se développer chez les consommateurs, un type de comportement à double bénéfice pour le portefeuille et l’environnement.
Alors pour mettre de l’huile dans les rouages de l’économie circulaire et du ré-emploi, on vous laisse ici avec quelques outils pour réduire les 200.000 tonnes de déchets mal triés chaque année :
– Appli Montri (précise quelle poubelle utiliser en scannant le code-barres) : https://montri.fr
– le Guide du tri par Citeo (avec spots de tri autour de toi) : https://on-ne-lache-rien.citeo.com/#open-modal-guide-du-tri
– Plateforme Jedonne pour donner des objets même s’ils sont très abîmés : https://jedonne.fr
– Le simulateur de l’Etat qui indique quoi faire pour chaque déchet : https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/maison/dechets/faire-dechets
Et si vous connaissez des architectes, n’hésitez pas à leur transmettre ce service de matériaux à faible impact carbone : www.moor-reemploi.fr
On termine en vous souhaitant une très bonne année 2024, remplie d’investissements utiles pour la transition, et de sobriété retrouvée !
L’équipe des contributeurs/trices
REFERENCES
(2)- Rapport Oxfam 4 décembre 2023
https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/12/04/oxfam-s-inquiete-d-une-financiarisation-du-secteur-du-logement-en-france_6203717_3224.html
(4)- https://youmatter.world/fr/crise-logement-manque-penurie-chiffres-france
(7)- https://www.saint-gobain.com/fr/observatoire-construction-durable
(8)- Étude du Hub des Prescripteurs Bas Carbone et de L’Institut Français pour la performance du bâtiment (IFPEB)(https://www.construction21.org/france/articles/h/appel-a-contribution-observatoire-de-la-re2020-hub.html)