Bonjour,
souvent dans les discussions sur notre capacité à changer, pour donner un futur viable aux générations suivantes (crises écologiques et réchauffement climatique obligent), s’affrontent des arguments autour de l’argent.
Voici donc le 2ème épisode de cette modeste missive sur le sujet. N’hésitez pas à la faire circuler si elle vous parait pertinente, à vous désabonner si elle vous gonfle (ou remplit inutilement votre stockage cloud). C’est une lettre qui se veut factuelle et chiffrée, qui devient de facto militante puisqu’elle indique comment prendre certaines actions.
Le transport est le plus gros émetteur de CO2 des Européens (30%). Et comme l’alimentation, c’est un geste quotidien.
UN ORDRE DE GRANDEUR
Les émissions du secteur en France, ce sont 130 millions de tonnes de CO2 par an, avec 3% de l’aérien, 42% des camions+utilitaires, 53% des voitures particulières et 3% pour tout le reste (ferroviaire, maritime, etc.). (1)
L’Etat reçoit 50 milliards d’euros /an du secteur transport (dont 60% vient des taxes sur le pétrole), mais y investit 56 milliards (construction et maintenance des installations). Ce secteur est donc déficitaire ; néanmoins rentable par toutes les activités humaines qu’il permet.
LES MARCHANDISES
C’est presque la moitié des émissions, pour 350 milliards de tonnes-km transportées. 87% l’est par la route en camions, 11% en ferroviaire et 2% en fluvial.
A part pour la transplantation d’organes, et peut-être le poisson frais, il semble qu’il existe peu de biens qu’il soit nécessaire de transporter à l’heure près. Pour transporter 10 tonnes du port de Marseille au marché de Rungis, un camion émet 570kg de CO2, un train en émet 20kg. (2)
Le coût du transport ferroviaire se situe entre 5 et 10euros la tonne/km parcouru, soit un tarif similaire à celui de la route… A la différence près que les camions ne paient pas le prix du carbone émis.
Avec une taxation espérée à un prix de 50 euros la tonne de CO2, un consensus parmi les économistes, et vu le coût estimé du réchauffement, cela semble économiquement aberrant que la route soit privilégiée sur les grandes distances, et pas réservée au seul « dernier kilomètre ».
LES PERSONNES
Pour le transport des personnes, c’est plus compliqué, car nous nous déplaçons aux mêmes moments mais selon des finalités diverses, et chaque minute de trajet compte. Et pourtant la perspective de 8 milliards de voitures individuelles circulant sur la planète, électriques ou non, ne semble pas souhaitable.
Un ménage y consacre 15% de son budget.
Et le gros avantage de ce poste d’émissions est qu’il existe peu d’acteurs dans le transport : les constructeurs, les pétroliers, les opérateurs. C’est donc extrêmement facile de légiférer, avec par exemple le principe du pollueur-payeur : la tonne de carbone émise serait à 50 euros, payée par les émetteurs.
Pour la France, le rail et la route sont chacun subventionnés aux alentour de 15 milliards d’euros/an. Reste un gros impact pour nos finances, à savoir le coût des accidents sur la route : 40 milliards /an.
Ceci constitue une partie des externalités. A leur sujet, la Direction Générale du Trésor regrette ainsi qu’en France les usagers de la route ne paient que 36% du coût de leur circulation. (3)
BIENVENUE EN EXTREMISTAN !
L’avion, en classe économique, c’est presque équivalent aux émissions en voiture. La différence c’est qu’il facilite le parcours sur des distances de l’ordre du millier de kms, donc peut émettre beaucoup par trajet. Cet impact carbone est au crédit des classes riches, les 2/3 des Français.e ne prenant jamais ou qu’exceptionnellement l’avion.
Par exemple le jet F-GVMA de Bernard Arnault avait émis 176 tonnes de CO2 sur le seul mois de mai 2022, soit plus de 17 ans d’émissions totales d’un Français moyen. (4)
Et pour poursuivre sur le sujet dans des aberrations économiques, vous pouvez aussi regarder ce reportage d’Hugo Clément (5) qui explique pourquoi en avion vous ne payez pas de taxe sur le carburant, ni de TVA, alors que sur votre billet de train…
QUELQUES CONCLUSIONS
– Consommer local semble avoir le triple avantage de minimiser les transports, de s’assurer des conditions respectueuses de production et de créer des emplois localement.
– Lorsqu’entre Toulouse et Castres les habitants des villages se plaignent de voir passer trop de camion sur les routes, il est étonnant que le débat porte sur la construction d’une nouvelle autoroute (le conflit autour de l’A69), et pas du ferroutage (comme les Suisses l’ont imposé en 2016 (6)).
– Quand on sait que le coût de l’inaction climatique est estimé entre -6 et -25% du PIB (OCDE, FMI), soit entre 180 et 750 milliards d’euros/an pour la France pendant la 2ème moitié du 21ème siècle, les marges de manœuvre pour investir sont assez larges.
On répète : le coût de l’inaction se situe entre 180 et 750 milliards d’euros pour la France, chaque année !
Restez au frais, on vous aime, et à bientôt pour parler des transferts financiers entre générations 😉
En bonus, de quoi mesurer les émissions de vos transports de vacances, pour compenser si le porte-monnaie vous en dit :
https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/bureau/deplacements/calculer-emissions-carbone-trajets
REFERENCES
(1)- https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-des-transports-edition-2023?rubrique=56&dossier=1337
(2)- https://geodis.com/w-fr/geodis_carbon_calculator/form#
(3)- https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2021/04/27/les-usagers-de-la-route-paient-ils-le-juste-prix-de-leurs-circulations
(4)- Climax automne 2022
(5)- https://www.france.tv/france-5/sur-le-front/4557199-pourquoi-le-train-est-il-toujours-plus-cher.html
(6)- https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/05/01/fret-la-suisse-pratique-le-ferroutage-a-grande-echelle_6124356_3234.html
(7)- Coût de l’inaction des pouvoirs publics | Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2030 | OECD iLibrary (oecd-ilibrary.org)