1- L’agriculture

Bonjour,

souvent dans les discussions sur notre capacité à changer, pour donner un futur viable aux générations suivantes (crises écologiques et réchauffement climatique obligent), s’affrontent des arguments autour de l’argent.

C’est donc une modeste missive trimestrielle que nous vous proposons sur le sujet. N’hésitez pas à la faire circuler si elle vous parait pertinente, à vous désabonner si elle vous gonfle (ou remplit inutilement votre stockage cloud). C’est une lettre qui se veut factuelle et chiffrée, qui devient de facto militante puisqu’elle indique comment prendre certaines actions pour garantir un avenir meilleur.

Le vrai prix des choses ou la prime au vice (les coûts cachés)

En 2020, la Cour des comptes a ainsi tenté de mesurer le vrai prix d’une salade de l’agriculture conventionnelle et d’une salade de l’agriculture biologique (1). La première est vendue environ 70 centimes alors que la seconde plus d’1 euro dans la plupart de nos magasins. Mais si on intégrait tous les coûts liés à l’agriculture conventionnelle, alors vous devriez payer cette salade entre 17 et 27 euros (problèmes de santé liés aux effects cocktails des intrants chimiques, impact de la monoculture sur l’écosystème, etc.).
Ces autres coûts sont payés par toute la société à autre moment (en payant des impôts notamment). 
Et la salade bio alors ? Son prix global bouge très peu, elle revient vraiment à 1 euro.
 
Un autre exemple non-alimentaire, le paquet de cigarettes : il coûte 11€, il devrait en coûter 84€. Et pourtant, le tabac c’est 80% de taxes récupérées par l’Etat ! Mais ces 10 milliards d’euros de taxes ne font pas le poids face à un coût sanitaire estimé à 122 milliards /an !

Ce qu’on appelle la prime au vice, c’est quand produire dans des conditions moins vertueuses est avantagé par rapport à produire dans des conditions qui sont meilleures pour l’environnement et la société (car le consommateur veut acheter moins cher, et les marges sont plus importantes, donc double bénéf’).
C’est alors l’ensemble des contribuables qui paient le coût réel,… ou plus souvent les générations futures.

De gros volumes (d’eau)

La consommation d’eau en France est utilisée à 45% par l’agriculture, 21% par les centrales électriques, et seulement 11% pour les usages des particuliers. Pour l’agriculture, la plus grande part de ce volume sert à arroser l’été pour que les monocultures (maïs essentiellement) soient rentables (2).

Il faut noter que le maïs, plante d’Amérique tropicale, ne sert quasiment pas en France à nourrir les humains, mais essentiellement les porcs d’élevage (et aussi les vaches et poulets en batterie) et à être exporté vers d’autres fermes-usines. Pour faire simple, empêcher que le maïs soit arrosé l’été (en mangeant du porc mieux élevé), c’est divisé par 2 la consommation TOTALE d’eau de la France, sans mettre en péril le reste de votre alimentation (tout le reste des fruits, légumes et céréales qui poussent avec peu voir pas d’arrosage l’été).

Quelques chiffres pour mettre en perspective

– La France est constituée pour moitié de terres agricoles (3)  : 48% sont des champs de « grandes cultures » (céréales, oléagineux, betteraves), 47% des prairies où les herbivores broutent l’herbe, et les 5% restants sont composés de cultures maraîchères et vergers.
Au total, 90% des terres agricoles servent ainsi à nourrir les animaux d’élevage, pas les humains directement. Changer cela par une diminution de notre consommation de protéines animales par exemple, permettrait de repenser l’aménagement du territoire selon les nouveaux besoins.
– La règle du 80-20: En France nous avons environ 80% des agriculteurs qui sont « familiaux » (les paysans) et 20% qui sont « agro-industriels » (des multinationales). Les 80% paysans produisent seulement 20% du tonnage agricole, les 20% industriels produisent les autres 80%…

Ca coûte (très) cher… mais est-ce que ça rapporte ?

Il en ressort donc que si que voulez changer les règles agricoles, vous ne discuterez pas avec des paysans (trop occupés à se dégager un smic) mais bien avec les avocats d’une multinationale de l’industrie… D’où l’importance de savoir ce que la banque fait de l’argent que vous avez placé sur votre compte,… mais c’est pour un prochain épisode 😉

Et finalement, si vous pensez que changer les règles mettra en péril notre système actuel, que le status-quo est la solution la plus rentable, vous pouvez relire les rapports de l’ONU (4) qui, dès 2017, estimaient que la perte de productivité mondiale liée au changement climatique pourrait être équivalente à 2.000 milliards de dollars par an à l’horizon 2030.
Et que par contre, les bénéfices d’un changement de modèle pourraient représenter 26.000 milliards de dollars de gains économiques supplémentaires d’ici à 2030, et générer 65 millions d’emplois en plus.
Bref, une paille…

En guise de conclusion €€€ :

– Arrêter l’irrigation des cultures à destination de l’alimentation animale, c’est diviser par 2 la consommation d’eau
– Accompagner la transtion vers les modèles de l’agro-écologie semble le plus rentable à moyen terme
– Accepter de payer le prix réel des aliments pour soutenir une agriculture durable, inévitable


Merci de nous avoir lu !

Et un aussi un truc 100% gratuit que vous pouvez faire en 2023 : donner ! Du temps à des proches, à des startups vertueuses ou à des assos, des objets dont vous ne vous servez plus et qui encombrent les étagères, et de l’amour à vos celles/ceux que vous croisez au quotidien !
A bientôt au prochain numéro 🙂

Principales références :

(1) https://www.larepubliquedespyrenees.fr/environnement/gestion-des-dechets/ma-petite-planete-le-prix-de-la-salade-5222987.php

(2) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2023/04/24/l-irrigation-du-mais-represente-t-elle-un-quart-de-l-eau-douce-consommee-en-france_6170798_4355770.html

(3) https://www.insee.fr/fr/statistiques/5039859?sommaire=5040030

(4) https://news.un.org/fr/story/2019/07/1046612